La sculpture combine deux caractères rarement superposés aussi nettement: une convergence directionnelle des nervures courbes et une différenciation marquée des deux épaules. Cette géométrie ne se résume donc ni à un pur dessin en chevrons, ni à une architecture classique de nervures droites. Les trois sillons principaux délimitent de larges bandes de gomme dont la continuité est seulement interrompue par quelques raccords obliques et incisions courtes.
La faible densité de lamelles laisse des sections de gomme épaisses entre les découpes. Les lèvres d’incision sont ainsi peu nombreuses et les fonds de lamelle, qui peuvent constituer des amorces de déchirure sur un revêtement abrasif, restent limités. La contrepartie est un inventaire réduit d’arêtes fines: sur neige tassée, givre ou boue très mince, le dessin dispose de peu de prises capables de cisailler la couche superficielle. La formulation toutes saisons de la gomme ne transforme donc pas cette géométrie faiblement lamellisée en sculpture hivernale.
Les épaules n’ont pas la même périodicité. Le côté muni de petites encoches rapprochées présente une succession d’événements de contact courts, tandis que les segments plus larges de l’autre côté produisent des séquences plus longues, séparées par des entailles obliques. Cette dissymétrie peut répartir l’énergie acoustique entre plusieurs fréquences au lieu de concentrer tout le bruit sur une cadence unique. Les petites encoches étant néanmoins très régulières, un bourdonnement tonal peut apparaître à la vitesse pour laquelle leur fréquence de passage coïncide avec une résonance du pneu ou du véhicule.
Les nervures courbes abordent l’empreinte de manière progressive: leur bord n’entre pas simultanément en contact comme le ferait une barrette transversale droite. Cela atténue les chocs de sculpture secs. En revanche, leur grande continuité et leur faible morcellement filtrent moins les irrégularités longues d’un revêtement grossier; la texture de la chaussée peut alors être davantage ressentie sous la forme d’un grondement de basse fréquence.
Le réseau reste fortement orienté dans le sens circonférentiel malgré la courbure des sillons. Sur une chaussée rainurée longitudinalement, ces longues trajectoires peuvent momentanément se caler dans les stries et provoquer une sensibilité au suivi des rainures. Leur forme arquée limite toutefois l’alignement permanent que produiraient des canaux parfaitement rectilignes et parallèles.
La coexistence d’épaules non équivalentes et d’un sens de rotation visuellement défini impose enfin une attention particulière au montage. Une permutation droite-gauche ne conserve pas nécessairement simultanément le côté prévu et le sens de roulement: certaines rotations entre positions peuvent demander une dépose de la jante plutôt qu’un simple échange des roues.